Master 1 - Création Artistique

Résumé

Principalement basé sur l’ouvrage de Jonathan Handel, (Hollywood on Strike!), ce travail utilise différentes analyses complémentaires : économique, sémantico-syntaxique et de la réception. Il questionne l’impact de la grève des scénaristes sur le cycle (narration, réception, longévité) des œuvres de Lost et Heroes. Il est apparu au travers de ce travail que l’industrie des séries étant cyclique, la grève peut être considérée comme un élément perturbateur sur tout le processus vertical de la création d’une œuvre audiovisuelle sérielle (pré-production, écriture, production, réception). Cette grève est également le symbole d’un remise en cause du système financier ainsi qu’une remise en question de la viabilité des produits commerciaux vendus ou utilisés sur d’autres médiums. Il met également en lumière l’existence des variables pendant le processus de création (écriture, tournage, post-production) et de diffusion (programmation, réception et autres objets ouvrant l’univers fictionnel) d’une œuvre. Enfin, il est impossible de créer une grille de lecture pour interpréter une série sans prendre en compte la multitude de facteurs invoqués dans le processus de création qui diffère d’une œuvre à une autre.

Mots-clés

Heroes ; Lost ; Séries ; Grève ; Scénariste ; Américain

L’impact de la grève des scénaristes américaine de 2007-2008 :
de la continuité de Lost à la finalité de Heroes

Portant le titre suivant « L’impact de la grève des scénaristes américaine de 2007-2008 : de la continuité de Lost à la finalité de Heroes », le mémoire de ma première année de master s’inscrit dans une demande personnelle pour poursuivre une carrière dans les recherches. Il fait ainsi une centaine de pages, requis dans le cadre d’un mémoire de recherche. Dirigé par Guillaume Bourgois, mon sujet trouve sa justification par sa moindre couverture médiatique française. Les seules informations qui étaient transmises concernaient les délais supplémentaires avant la reprise de la diffusion de telle série ou aux réductions du nombre d’épisodes dans telle saison; avec pour seule explication qu’une grève des scénaristes est en cours suite à la contestation de l’arrivée d’internet. Aucun livre ou essai en français n’a pu m’aider à éclaircir le sujet de manière poussée et concrète; la seule bible contenant toutes les informations essentielles à la compréhension de cette grève fut un livre américain écrit par Jonathan Handel, intitulé Hollywood on Strike!: An Industry at War in the Internet Age – The Writers Guild (WGA) Strike and Screen Actors Guild (SAG) Stalemate (Entertainment Labor Unions) (Los Angeles, Hollywood Analytics, 2011). Il semble pertinent de pouvoir rendre compte de quelles manières et quelles conséquences une grève (ou un arrêt temporaire quelconque dans l’industrie audiovisuelle d’œuvre sérielle américaine) peut déstabiliser le paysage audiovisuel international. Il est également important de comprendre pourquoi cette grève a eu lieu, et pourquoi était-elle aussi longue. Cela m’a permis de mieux comprendre comment fonctionne les industries américaines dans la conception d’une série.

Partant des hypothèses énoncés ci après, l’approche adoptée resta multiple puisqu’il était question de faire un tour général de la situation afin de tenter de déterminer les liens de causes à effets. Ainsi, passant par une posture économique concernant les raisons de la grève, par une analyse sémantico-syntaxique des œuvres du corpus pour déboucher sur une ouverture de l’univers fictionnel selon la réception, ce sujet brasse plusieurs hypothèses. La première consiste à penser l’industrie des séries comme cyclique : au départ une idée, portée par une équipe, à laquelle on attribue un budget, pour ensuite passer par les phases d’écriture, de tournage, puis de diffusion, afin de remporter un succès; et par la suite retour à la phase d’écriture, tournage puis diffusion jusqu’à ce que l’audience ne soit plus au rendez-vous. Il est ainsi possible de se soucier d’autres variables tel que l’audience influant sur ce parcours cyclique de la création d’une série. Pour reformuler, la grève des scénaristes de 2007-2008 aux États-Unis peut être perçue comme un élément perturbateur sur tout le processus vertical de la création d’une œuvre audiovisuelle sérielle, de son idée (pré-production, écriture) en passant par la création (production) jusqu’à la réception par un public. La problématique était alors celle-ci : Serait-ce l’impact causé par la grève des scénaristes en 2007-2008 aux États-Unis qui aurait perturbé le cycle des œuvres de Lost et Heroes; puisque Heroes se retrouve a perdre de l’audience et s’arrêtera sans avoir la possibilité de clôturer dignement l’arc narratif principal, alors que Lost prospère et bénéficie d’une clôture par ses créateurs sans autant de difficultés?

J’ai pu ainsi rendre compte qu’il existe effectivement un schéma type de création sérielle qui commence par la vente d’une idée de série, puis un calendrier précis des achats et une budgétisation, avec entre autres un modèle de salle d’écriture (Writing Room) qui diffère selon les Showrunners (nouveau poste crée pour le développement d’une série de A à Z), une production et un budget définis. Par ailleurs, il y a bien des causes spécifiques à cette grève, bien plus que la simple phrase explicative des médias français : « à cause de l’arrivée d’internet ». C’est toute une remise en cause du système financier dans ce secteur économique ainsi qu’une remise en question de la viabilité des produits commerciaux vendus ou utilisés sur d’autres médiums. Mais aussi, j’ai pu mettre en avant les différences intrinsèques entre les deux séries du corpus; et grâce à la forte communauté en ligne et probablement (pas de lien de cause à effet au delà de la théorisation sur ce point) grâce à la construction de l’univers de Lost, cette dernière a pu « survivre » quelques années de plus que Heroes. Pour conclure, ce mémoire de recherche a également mis en évidence l’existence à la fois des variables pendant le processus de création d’une œuvre (écriture, tournage, post-production) mais également de nombreuses variations au niveau de la diffusion (programmation, réception et autres objets ouvrant l’univers fictionnel).

 

Il est impossible de créer une grille de lecture pour interpréter une série sans prendre en compte la multitude de facteurs invoqués dans le processus de création qui diffère d’une œuvre à une autre. Il est également certain que l’arrivée d’internet n’était pas le seul facteur qui entrait en jeu mais bien une remise à niveau de la législation américaine du secteur économique de l’audiovisuel entier qui était à la cause de cette grève. Néanmoins, le constat global qui ressort de ce travail universitaire est le suivant : il reste encore beaucoup de progrès et de travaux a effectué dans la recherche française sur les séries. Que ce soit tant sur le plan analytique d’une œuvre ou de sa construction, empruntant une vision interne ou externe à cette dernière, mais également dans l’interprétation et dans le bouleversement par l’évolution des technologies, sans oublier la considération d’un regard sociologique s’écartant du médium qu’est la télévision; la série est un art qui continue d’être exploitée sans avoir été cerné par les recherches francophones.